L’esthétique en salon, bonne ou mauvaise idée ? (part. 1)

Les salons de coiffure proposent de plus en plus les services des salons d’esthétique pour créer la notion de beauté globale. Une alliance d’amour, d’intérêts et surtout un axe prioritaire de service. Décryptage d’un phénomène qui n’a pas fini de se développer…

par Alix Hapy

Avant, c’était plus simple : les femmes allaient chez le coiffeur pour être bien coiffées. Aujourd’hui, ce n’est plus suffisant. Elles y vont pour savourer un vrai moment de bien-être et de détente. Une tendance forte que les salons de beauté globale ont bien compris puisqu’ils fleurissent, même dans les petites villes. Alors faut-il penser à créer un espace dédié à l’esthétique dans son salon de coiffure ? Serge Janin, à la tête du salon Medley à Saint-Dié-des-Vosges, est convaincu. Il y a 12 ans déjà, il a ouvert tout un espace avec des cabines solarium et un coin onglerie dans les différents étages de son salon. Pour lui, c’est une évidence : « C’est un service important pour un salon haut de gamme, une valeur ajoutée, dit-il. Mais pour atteindre la rentabilité, il faut s’investir pleinement. »

#01 – CONFIER à des mains d’expérience

Franchir le pas de l’esthétique, un métier à part entière, ce n’est pas forcément évident. Sauf si on en a envie, si le lieu est favorable et surtout si on a  « les mains qui vont avec », comme l’explique Bérengère Roze, directrice marketing de Coty Professional Beauty qui regroupe plusieurs marques dont Wella Professionals et OPI France, une marque de vernis présente dans 500 salons français et qui investit beaucoup dans la formation. Elle tire son épingle du jeu grâce aux emplacements importants de ses salons de coiffure, instituts de beauté et hôtels de luxe où il y a énormément de professionnels de la beauté des mains. Bérengère Roze, elle, les appelle les « mains expertes » et croit assurément à ce marché du nail et plus généralement à la beauté en général qui a l’avantage de permettre aux coiffeurs de se démarquer de la concurrence. C’est en effet un peu l’âme de l’esthétique, celles par qui tout se fait ou se défait. Sans ces mains expertes, vous ne pourrez pas attirer la clientèle du salon vers l’esthétique malgré la beauté ou la taille de l’espace. Car la cabine ne fait pas tout. « Le plus important, c’est qu’il y ait une ou des esthéticiennes d’expérience. Ce sont elles qui font la différence », note Eric Soulard, du salon atypique Différence à Poitiers. Dans ce salon cohabitent une dizaine de professionnels de la coiffure et deux en esthétique, le tout dans 120m 2 et 50m, dans un lieu exceptionnel : la voûte d’une chapelle datant du XVème siècle. Le professionnalisme est un aspect renforcé ces dernières années par le développement des spas et instituts aux rituels à scénographie ultra-orchestrée qui recentre l’expérience beauté autour de la main et l’art du toucher.  « Bien évidemment, la formation aux rituels et aux produits est une autre donnée essentielle, souvent dispensée par les marques », insiste Krystel Einhart, responsable de l’Espace Krystel à Dorlisheim, une commune de 2 300 habitants dans le Bas-Rhin et doté d’une surface de 310 m2 dont 110 m2 dédié à l’esthétique. Il ne faut pas que ces nouveaux services soient pris pour des « pièces rapportées » mais plutôt qu’ils fassent partis des moteurs de la vie du salon. Pour cela, elle a misé sur des valeurs qui ont leur importance : rendre accessible les cabines aux personnes à mobilité réduire, mettre en place un ascenseur, des prestations clés à la demande des clients (balnéo, sauna…) et la satisfaction de la clientèle : flexibilité dans les horaires, transparence des prix, expertise de l’équipe…

Dans un rituel en cabine, les gestes aussi sont primordiaux : quelle partie de la main on va utiliser, la pression, tout est extrêmement calculé pour un bénéfice précis au niveau des tissus, des points, du système circulatoire… Rien n’est laissé au hasard. Fini le temps des rituels visage et corps très superficiels, des papouilles délicates ou des machines futuristes. Aujourd’hui, avec l’apport de l’ostéopathie, du reiki ou encore du deep tissue massage, cet art du toucher revient en cœur du métier.

Côté personnel ?

Faut-il absolument collaborer avec une esthéticienne dans son salon ? Pas forcément d’après Serge Janin, car de nombreuses personnes sont polyvalentes dans la coiffure ayant suivi les deux cursus, ce qui est plus simple en terme de gestion. Engager une freelance est aussi, d’après lui, intéressant et surtout moins risqué au début de l’activité. Plusieurs modes de rémunération existent. Krystel Einhart en liste trois : « Soit le dirigeant garde 15 à 20 % des prestations de l’esthéticienne, soit il fixe un loyer d’un commun accord et la freelance dispose du local comme elle le souhaite, soit enfin le dirigeant définit un certain nombre d’heures qu’il rémunère en fonction des heures établies et l’esthéticienne paie ses charges. » Autre possibilité : faire appel à l’une de ces maisons spécialisées dans l’amaigrissement, qui cherchent à s’installer dans les grandes villes françaises et tentent de séduire les salons de coiffure. Ce sont elles qui prennent en charge le salaire de la collaboratrice et une partie du loyer.

Aménager un espace, combien cela coûte ?

Compter environ 50 000 à 60 000 euros pour l’agencement et la réalisation de locaux de 80 m2, comprenant quatre cabines et un espace vente. Et 6 000 euros pour le stock des produits. Objectif de rentabilité : 30 % sur le chiffre d’affaires. « Soins des mains, des sourcils, des cils… Il y a vraiment pléthore de services, à la portée des coiffeurs avec une marge de progression énorme », martèle Krystel Einhart. Et Eric Soulard d’ajouter : « Miser sur une thématique précise est gage de succès et surtout de rentabilité. Il faut toujours avoir une longueur d’avance par rapport à la concurrence et donner le meilleur en termes de service. En bref, offrir des soins holistiques uniques en leur genre. »

 

Céline Tchang